Jean-Pierre PETIT-GRAS Ici
La
vague de violence qui submerge actuellement le Mexique s’intensifie. Mais,
au-delà des gros titres et des photos sensationnalistes étalant complaisamment
d’innombrables cadavres (plus de 8000 en un an), dont la presse « officielle »
nous abreuve jusqu’à l’écoeurement, pour impressionner et faire accroire que le
gouvernement de Felipe Calderón, appuyé par celui de Barak Obama, « fait la
guerre au narcotrafic », il convient d’analyser d’un peu plus près les causes de
tels massacres, et les objectifs poursuivis. Les événements de Santa María
Ostula, dans le Michoacán, avec l’enlèvement du nahua Francisco de Asís Manuel,
et ceux de San Juan Copala, dans l’Oaxaca, montrent clairement la nature des
véritables enjeux de cette violence.
Les
habitants de San Juan Copala, localité de la région triqui, dans l’ouest de
l’Etat de l’Oaxaca, ont créé en janvier 2007 une « municipalité autonome »,
marquant ainsi leur décision de s’autogérer, face à un gouvernement qui les a
marginalisés, méprisés et spoliés depuis des décennies. Mais cette attitude,
liée à leur participation à la résistance de l’APPO lors de la « commune
d’Oaxaca », leur vaut depuis un harcèlement brutal, mené par les polices locale,
régionale et fédérale, mais aussi par des groupes paramilitaires et
parapoliciers, impulsés par le parti de la révolution institutionnelle, le PRI
du gouverneur Ulises Ruiz Ortiz.
Enlèvements, viols et
meurtres sont le prix payé par cette population en résistance. Depuis plusieurs
semaines, l’un des groupes paramilitaires, l’UBISORT, bloque les accès à San
Juan Copala, afin de tenter d’isoler ses habitants. Une caravane est donc partie
de la ville d’Oaxaca, le 27 avril, pour rompre ce blocus et apporter à Copala
médicaments, vêtements, livres et appui moral d’associations solidaires, ainsi
que la présence d’observateurs des droits humains. Les paramilitaires, armés de
fusils de guerre, ont intercepté et mitraillé la caravane, tuant deux des
participants, la Mexicaine Alberta Cariño Trujillo et le Finlandais Jyri Antero
Jaakola, en blessant une quinzaine d’autres. Avant de libérer les membres de la
caravane, ils n’ont pas caché qu’ils agissaient sous la protection du PRI et du
gouverneur Ulises Ruiz.
Actuellement, le
gigantesque rouleau compresseur de l’économie capitaliste industrielle avance
sur les derniers territoires qu’il ne contrôle pas encore. Il s’agit pour lui de
mettre la main sur l’ensemble des ressources humaines et matérielles de la
planète. Pétrole, uranium, or et métaux rares, bois précieux, zones
touristiques, énergie hydraulique et biodiversité, groupes humains s’obstinant à
vivre de façon autonome et digne, tout doit tomber dans l’engrenage de la
machine. Avec, parfois, l’assentiment hébété ou la soumission apeurée d’une
partie de la population, subjuguée par le clinquant et la facilité apparente de
la vie aliénée que ce « développement » répand et impose
partout.
C’est
le drame qui se joue actuellement au Mexique. Marées noires, bétonnage du
littoral, contamination chimique et OGM, grippe porcine, massacres entre
narco-militaires et politico-gangsters ne sont que les conséquences, mais aussi
les armes employées par le système pour tenter d’écraser définitivement les
résistances paysannes et indigènes.
Alberta (Betty) Cariño
était l’une de ces résistantes. En décembre 2009, elle était à Mexico devant
l’ambassade du Canada, pour dénoncer l’assassinat d’un paysan du Chiapas,
Mariano Abarca, par des paramilitaires au service de l’entreprise minière
Blackfire. Pour qui comprend la langue espagnole, le document suivant donne une
idée de la personnalité et du combat de cette femme, abattue par l’Ubisort, sur
la route de San Juan Copala.
http://www.youtube.com/watch?v=TWPk...