Samedi 03 Decembre 2005 9:53:44 PM

 

La Feuille de Chou


noël  
La feuille de chou Ça Roule au CAPMO est l'occasion de connaître les dernières nouvelles du CAPMO ainsi que des divers enjeux de notre société à la source de nos actions.  La feuille de chou est publiée à tous les mois et envoyée à tous nos membres. Sur cette page sera présenté le dernier numéro de notre Feuille de chou. Un renvoi détaillé aux numéros précédants  sera installé ici à droite de cette page  au moyen d'un menu.
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Métaphysique de l’engagement social


La recherche de liberté s’identifie souvent à une quête de transcendance, comme si nous voulions échapper à quelque chose qui nous retient prisonnier. À part certains moments de plénitude, rares sont les occasions de nous sentir vivantEs. De ce malaise existentiel découle un grand nombre d’angoisses et d’insécurités que nous cherchons à combler par la consommation. EnferméEs dans la peur de mal paraître, nous défilons sans fin à la manière des somnambules qui attendent d’être réveillés pour découvrir avec horreur qu’ils ne sont plus  en territoire connu. La perte de conscience sociale, c’est comme une lente dérive qui s’instaure.

De fait, il existe quelque chose de plus grand qui nous préexiste et nous survit. Avant même que les religions ne soient instaurées par l’être humain pour répondre à ses interrogations persistantes sur le sens de la vie et la destinée des défunts, cette Présence indicible existait. Ce grand Esprit d’amour et de paix, de compassion et de solidarité, de courage et de vérité, vibre à chaque fois qu’un cœur entre en action pour se donner.
Il s’avère intéressant de constater que le Dieu de la vie fonctionne sur le mode du don plutôt que de l’accaparement. Il engendre et nourrit, sans interrompre l’élan qui nous porte. Source d’inspiration où plusieurs s’abreuvent dans les diversités des talents, il construit patiemment l’édifice du bien commun.

En fait, cette énergie vitale demeure inscrite au plus profond de soi, elle incite à dépasser les peurs, les mesquineries et les égoïsmes. Elle  transcende les identités primaires pour projeter l’individu vers l’universel et lui révéler son humanité. Elle se veut un appel permanent à la fraternité et si chaque vie recèle une part du divin, nous coexistons tous et toutes dans un même Esprit où convergent nos différentes quêtes.

Bien sûr, la plupart des gens préfèrent demeurer dans le confort et leur indifférence ou encore, se servir de leur spiritualité pour échapper à ce monde cruel. Par contre, certaines personnes préfèrent redresser la tête par solidarité et conviction. Celles-là empruntent des chemins nouveaux. À l’avant-garde de l’humanité, elles risquent tout pour qu’un monde meilleur advienne. Mettant leur vie dans la balance, elles osent élever la voix et exposer leur peau aux tyrans qui assassinent pour s’enrichir, dans une logique fondée sur la négation du droit de l’autre à exister. À la fois martyres et héroïnes, ces personnes précèdent de plusieurs siècles l’avènement de l’homme et de la femme nouvelle. Un jour, nous contemplerons la vérité en face,  comme des êtres humains. Je voudrais ici rendre hommage à la Mexicaine Betty Cariño Trujillo et au Finlandais Jyri Antero Jaakola, tous deux lâchement assassinés le 27 avril dernier dans l’État de Oaxaca, au Mexique, alors qu’ils prenaient part à une caravane de paix se dirigeant vers la municipalité de San Juan Cópala. Puisse leur courage nous inspirer.

Yves Carrier




Joyeux anniversaire !!!


Nous vous souhaitons une belle journée remplie de joie et d'amour !
Pierre Ferland, 10 juin
Réjean Dumais, 15 juin
Gérald Doré, 28 juin
Yves Bédard, 28 juin


N’hésitez pas à nous faire parvenir votre date de fête!


Révision faite par Micheline Bélisle




THÉORIE DE LA SOCIÉTÉ CIVILE

par Robert Lapointe

POURQUOI FAIRE UNE THÉORIE ?
En effet, comme le suggère Nasser Étémadi, on aurait pu reprendre le concept de société civile pour rafraîchir le socialisme. À l’origine, Karl Marx concoctait en fait une théorie de la société civile, mais celle-ci devenait inopérante dans sa vision de lutte de classes entre prolétariat et bourgeoisie, toutes deux membres de la- dite société. Gramsci, communiste italien, a repris le concept simplement pour résoudre le problème de la révolution prolétarienne dans les pays bourgeois. Il ne s’agit pas de renier la réalité de la lutte des classes, mais de l’élargir sur le plan de l’opposition entre des genres de vie, des modes de vie, qui se manifeste depuis la nuit des temps, avant les ères historiques, ce qui est révélé dans la Bible et le Coran par l’épisode de Caïn et Abel.

Il y avait des savoirs au XIXe  siècle qui permettaient l’élaboration du socialisme tel qu’on l’a connu. Il y a de nouveaux savoirs apparus au siècle suivant qui ouvrent de nouvelles dimensions et justifient une nouvelle théorie sociale tout en tenant compte des acquis du passé. Je crois qu’une nouvelle théorie dite de la société civile est possible et souhaitable en vertu de ces nouveaux savoirs et en fonction des nouvelles exigences ou des nouvelles approches qui se sont ou nous ont été révélées historiquement. Ces nouveaux savoirs sont d’ordre philosophique, anthropologique, scientifique. Ils tiennent à une relecture des Livres Saints, à une meilleure compréhension de la ville et de l’espace habité, à une science plus ouverte, moins positiviste.




LA SPIRITUALITÉ POUR LES NULS ET LES NULLES

par Robert Lapointe

INSTINCTS, BESOINS ET DÉSIRS.
Les instincts tiennent à deux aspects fondamentaux de l’être vivant. Le premier a trait à la survie de l’individu et le second à celle de l’espèce. La nature ne laisse pas le choix au premier si la seconde peut être compromise. Les animaux ont peu de liberté et la nature décide pour eux. Chez les humains, animaux sociaux, la culture prend le relais, puisque leur liberté, avec les risques qu’elle comporte, est accrue. Ils naviguent entre besoins et désirs sur un fonds d’instincts souvent mal contrôlés, à cause d’une conscience nouvelle et affirmée qui exige la liberté. Mais la liberté d’un individu peut être nuisible au groupe et celui-ci se défend pour assurer sa survie, sa pérennité. Conscience et liberté sont un couple engendrant le désir au-delà des instincts lesquels ne sont plus limités par la simple satisfaction des besoins, ce dont mère-nature s’occupait plus ou moins bien.

Les désirs relèvent de la volonté de volonté, comme dirait Nietzsche, de s’affirmer comme être, de se réaliser, au-delà de la simple préservation de soi à laquelle se réfèrent des besoins à satisfaire, des moyens à prendre, ce qui est de l’ordre de l’instinct de survie. Les désirs relèvent aussi de nos déficiences, de nos carences comme animal très dépourvu à la naissance. Nous avons besoin des autres, de faire partie d’une famille, d’appartenir à une communauté, d’être accepté, d’être reconnu, d’être aimé. Nous balançons dans notre être entre l’affirmation de soi et l’intégration à une entité protectrice. Les maladies d’un désir déséquilibré entre ces deux tendances sont d’une part la volonté de puissance sur autrui et d’autre part la soumission à une entité crue supérieure. Et c’est là que nous avons besoin de la spiritualité pour apprendre le discernement entre ces deux tendances. Un cheminement spirituel authentique et libre est le meilleur moyen pour aller chercher cette reconnaissance sociale qui comblera justement cette affirmation de notre être en tant qu’être que nous souhaitons.



DES NOUVELLES DU HOCKEY aux cartes


Il y a eu beaucoup d’action dans le hockey des ligues mineures depuis la dernière fois, surtout avec le retour plus fréquent et fulgurant de la championne Patricia. Ça barde! Richard est allé chercher le championnat de l’Afrique du Sud avec Johannesburg (les Scorpions). Richard s’est aussi affirmé en Asie du Sud-Ouest avec le Forza du Kuwait et Ginette au Sud-Est avec les Hitmen de Hong-Kong. De nouveau Richard dans la Nord-Américaine avec le Caron & Guay de Trois-Rivières. Robert dans la All-American avec le Revolution de Battle Creek et la Eastern Pro avec les Aces de Brookline. JOIGNEZ NOS RANGS. TOUS LES VENDREDIS À COMPTER DE 15 h  JUSQU’À… Plaisir assuré. Apportez votre lunch.



BIG  OU LA SALAIRE CITOYEN       

par Joseph Dansereau

Note : Cet article a été rédigé à peine quinze  jours avant le décès de notre géant de la justice sociale, Michel Chartrand.

Syndicaliste, militant anti-pauvreté et conférencier qui ne mâchait pas ses mots, Michel Chartrand doit être satisfait à 93 ans d’apprendre que sa lutte pour un revenu de citoyenneté pour tous et toutes n’a pas été inutile. En effet, une première expérience qui a débuté en janvier 2008 apporte déjà, après un an seulement, des résultats impressionnants pour éliminer totalement et rapidement la pauvreté.

Le BIG  (Basic Income Grant – revenu de base garanti) est accordé à tous les enfants et adultes jusqu’à 60 ans, les plus âgés recevant  une pension versée par l’État.  C’est comme si, au Québec, nous recevions (chaque enfant dès sa naissance et chaque adulte) le montant mensuel du seuil de pauvreté, 1 847 $ (22 165 $/an).  L’assurance-emploi, l’aide sociale et les régimes de pension disparaîtraient.

Nombreux et nombreuses étaient ceux  et celles qui estimaient que l’État namibien ne pouvait s’offrir une telle mesure sociale. Le Fonds monétaire international (FMI) ne ménageait pas ses efforts pour convaincre les dirigeants de rejeter cette mesure recommandée et débattue pendant trois ans par une coalition citoyenne namibienne.
  
Des résultats inespérés
- Le taux de malnutrition des enfants est passé de 42 % à 17 % en six mois seulement.  (L’infirmière en chef du village mentionne que la population se nourrit mieux : « Avant, les gens ne mangeaient que du gruau et du sucre, le midi et le soir, et lorsqu’ils n’avaient rien, ils se contentaient d’eau sucrée ».
- La majorité de la population du village peut maintenant acheter des fruits, des légumes et de la viande.
- Le taux de décrochage scolaire variait de 30 % à 40% avant l’instauration du revenu garanti.  Il est passé à 5 %, six mois plus tard et il était presque nul neuf mois après l’entrée en vigueur. Le nombre de parents payant les droits de scolarité a doublé pour atteindre 90 %.
- Plusieurs villageois  et villageoises ont créé des micro-entreprises, comme dans les domaines de la coiffure, de la pâtisserie ou de la fabrication de briques. En un an, les revenus tirés des salaires ont augmenté de 19 %, à 36 % pour l’agriculture et de 301 % pour le travail autonome.  
- Les craintes liées à une montée de l’alcoolisme ne se sont pas avérées vraies.  De plus, les crimes liés à la pauvreté (chasse illégale, vols ou entrées par effraction) ont chuté de moitié. 
- Le revenu garanti affranchit aussi les femmes. Plusieurs n’ont plus à se prostituer occasionnellement pour survivre.

La Coalition constituée par les Églises, les organismes non gouvernementaux et les groupes préoccupés par la propagation du sida, espère maintenant convaincre le gouvernement namibien d’adopter le revenu de base garanti pour l’ensemble du pays. À quand une telle coalition des mouvements communautaires et syndicaux au Québec ? À chacunE de nous comme citoyenNE de se retrousser les manches et de travailler ensemble en ce sens.

Extraits tirés de l’article paru dans le journal « Alternatives », juin 2009, en version papier, page 1.

BERNARD, Michel et Michel CHARTRAND.  Manifeste pour un revenu de citoyenneté, Les Éditions du Renouveau québécois, 1999, 137 p. (Collection alternative politique).




La Terre : sujet de dignité et de droit

par Leonardo Boff , 23 avril 2010

Le sujet de la Terre, de sa dignité et de ses droits, était un des thèmes centraux du Sommet des peuples sur le changement climatique convoqué par le président de la Bolivie, Evo Morales, et qui a eu lieu à Cochabamba du 19 au 23 avril 2010. Le thème est relativement nouveau, la dignité et les droits étant jusqu’à récemment réservés aux humains en tant qu’êtres imbus de conscience et d’intelligence. Une vision anthropocentrique domine encore, comme si nous étions les seuls à être revêtus de dignité. Comme l’affirment de grands spécialistes des sciences de la cosmologie, si l’esprit nous habite c’est qu’il résidait auparavant dans l’univers, et que nous en sommes un fruit et une partie.

Une tradition qui remonte à de lointaines traditions ancestrales a toujours considéré la Terre comme une mère qui nous crée et nous donne tout ce qu’il nous faut pour vivre. Les sciences de la Terre et de la vie ont fini par confirmer cette vision par des moyens scientifiques. Selon cette vision, la Terre est un super-organisme vivant, que l’on nomme Gaia, qui se régule elle-même de façon à pouvoir toujours maintenir la vie sur la planète. La biosphère elle-même est un produit biologique qui trouve ses origines dans la synergie des organismes vivants avec tous les autres éléments de la Terre et du cosmos. Par conséquent, on peut non seulement dire qu’il y a de la vie sur la Terre, mais que la Terre elle-même est vivante et qu’elle possède à ce titre une valeur intrinsèque. Elle mérite le même respect que celui que l’on accorde à tous les êtres vivants. C’est l’un des attributs de sa dignité et le véritable fondement de son droit à exister et à être respectée comme n’importe lequel autre être.

Les astronautes nous ont légué cet héritage: quand on les regarde de l’au-delà, la Terre et l’humanité forment une entité unique qu’on ne peut séparer. La Terre est un moment dans l’évolution du cosmos, et la vie humaine, un moment récent dans l’évolution de la vie. C’est pour cette raison que nous sommes en droit d’affirmer que l’être humain est précisément ce moment où la Terre a accédé à la conscience, à la sensation, à la pensée et à l’amour. Nous sommes la partie consciente et intelligente de la Terre.
 
S’il est vrai que les êtres humains, selon un consensus qui s’est généralisé, possèdent de la dignité et des droits, et que la Terre et les êtres humains constituent une unité indivisible, nous pouvons alors dire que la Terre participe à la dignité et aux droits des êtres humains.

C’est pour cette raison qu’elle ne saurait tolérer l’agression, l’exploitation et la dégradation systématique d’une civilisation qui la conçoit seulement comme une chose sans intelligence et qui interagit avec elle sans aucun respect, dans le seul but d’accumuler des biens matériels, et en la privant ainsi de son autonomie et de sa valeur intrinsèque. C’est une offense à sa dignité et une violation de son droit à demeurer entière, propre, et en possession de capacités reproductives et régénératives. C’est pour cette raison qu’à l’ONU on a discuté de l’opportunité de créer un Tribunal de la Terre susceptible de punir ceux et celles qui violent la dignité de cette Terre, qui la déboisent, qui détruisent des écosystèmes vitaux pour la conservation des systèmes climatiques et de la vie.

Finalement, il y a un dernier argument issu d’une vision quantique de la réalité. Si l’on suit Einstein, Bohr, et Heisenberg, l’univers à son niveau le plus profond est énergie de densité différente. La matière elle-même est une énergie hautement interactive. La matière, depuis les hadrones jusqu’aux topquarks, ne possèdent pas seulement de la masse et de l’énergie; tout être est également porteur d’information. Le jeu des rapports entre tous les êtres fait se modifier ceux-ci et emmagasiner de nouvelles informations concernant leurs rapports. Chaque être entre en relation avec les autres d’une façon qui lui est propre, jusqu’à faire apparaître des couches de subjectivité et de données historiques. Tout au long de sa longue histoire de plus de quatre milliards d’années, la Terre retient la mémoire ancestrale de la trajectoire de son évolution. Elle possède une subjectivité et une histoire. Et logiquement, cette subjectivité et cette histoire sont différentes de celles de chacun des humains, la différence n’en étant pas une de principe (tous les humains sont liés entre eux) mais de degré (tous le sont chacun à sa façon).

Les données des sciences cosmologiques les plus avancées apportent une raison de plus de considérer la Terre comme un être qui possède de la dignité, et à ce titre également des droits. Il nous incombe alors de veiller sur elle, de l’aimer et de la maintenir en santé afin qu’elle puisse continuer à engendrer et à nous prodiguer les biens et les services qu’elle nous a toujours fournis.

Il est grand temps que s’amorce cette bio-civilisation dans laquelle la Terre et l’Humanité retrouveront leur dignité et leurs droits et reconnaîtront qu’elles appartiennent réciproquement l’un à l’autre, et qu’elles ont une origine et un destin commun.




Un bénévolat citoyen et solidaire


Le 21 avril à Québec je vais recevoir du gouvernement du Québec avec d’autres un lauréat du prix Hommage bénévolat-Québec 2010  dans la catégorie Bénévole. Je l’ai reçu au nom des milliers d’autres personnes qui vivent le bénévolat avec une grande générosité. Cependant, en recevant ce prix, je ne veux pas être complice du désengagement des gouvernements qui se fient sur le bénévolat et sur la charité privée des compagnies pour couper dans les programmes sociaux. Les derniers budgets en sont de belles illustrations. Il faut un bénévolat citoyen  qui travaille à la conscientisation du peuple, à sa mobilisation et à l’engagement dans de nouveaux projets alternatifs. Ce bénévolat  a une dimension politique de contestation et se situe dans le grand mouvement de résistance et d’alternatives pour un changement de société. Le vrai et la vraie bénévole, à partir de son expérience et son analyse, travaille à la mise sur pied d’une société différente.

Mon expérience en milieu défavorisé depuis une trentaine d’années  m’a fait changer d’analyse et d’engagement.

Au début, j’ai vu des pauvres et je suis passé à la charité.  Peu à peu, en voyant les causes de la pauvreté, j’ai compris qu’ils  étaient des appauvris et des appauvries ,et je suis passé à la justice. Je suis même arrivé à voir des opprimés dans ces situations et je suis passé à la libération. Tout ce parcours m’a conduit à l’indignation engagée et solidaire pour dire non à cette situation, pour crier à l’injustice et à m’engager dans les nouveaux chantiers d’aujourd’hui.

À la  suite du Groupe des grand-mères en colère qui protestent  sur la place publique et dans les manifestations  contre l’existence d’une société inégale pour leurs petits-enfants et qui incitent à travailler pour les droits humains et la redistribution de la richesse, je veux continuer à travailler pour une planète heureuse. Par ailleurs, je ne veux pas que mon bénévolat serve de prétexte pour  continuer de couper dans les programmes sociaux.

Benoît Fortin
Avril 2010



Mot du stagiaire 

par Raphaël Cadoret

Fête des travailleurs et des travailleuses.

À priori, tout événement organisé comporte toujours une bonne part d’incertitudes par la quantité de variables possibles. C’est donc sans trop savoir à quoi m’attendre que j’ai enfilé mes chaussures et mon complet en tant que M. Banquier Crotté. J’y ai rencontré une foule d’individus, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes. Des enfants émerveillés par les clowns acrobates et les maquillages, qui ont eut le loisir de poser un geste politique grâce aux Pinatas de messieurs Bachand et Charest ! Des clowns, une fanfare fantastique, des sourires partout, une effervescence palpable, de la joie et de l’amour partout, mettez-en. Ainsi, des gens de tous horizons, réunis autour d’une soupe servie sur place ou de leur propre dîner, ont converger en ce premier mai vers le parvis de l’église Saint-Roch. Les conversations allaient bon train jusqu’à cette marche qui n’en était pas une de visages renfrognés et sombres mais qui était tout aussi éclatante que le soleil de cette journée.

Ainsi. Bref. Voilà mon dernier mot en tant que stagiaire du CAPMO. Je tire ma révérence pour aller là où mes pieds me mèneront, je ne sais où. Une chose est sûre cependant, je suis entré au CAPMO pour développer des « compétences » et des « savoir-faire » en étant complètement ignorant, pour finalement me rendre compte qu’au-delà de ces techniques académiques, c’est une manière d’être que j’ai découvert avec vous. Merci à tous et toutes, et peut-être, qui sait, à un jour prochain ?

CAPMO




Le ticket modérateur en santé : mais que veut-on modérer ?

par Louise Authier
Médecin de famille depuis 35 ans Professeur à la résidence de médecine de famille
Membre de médecins québécois pour le Régime Public Montréal

Après 35 ans de travail comme médecin de famille, encore fort ravie de rencontrer tous les jours mes patients, jamais je n'ai reçu un patient qui consultait pour « rien ». Mais alors d'où vient cette idée que les patients consultent pour « rien » et qu'il faut donc les modérer? Et qu'ainsi on sauvera de l'argent? Les patients ne consultent pas pour rien. Viendraient-ils attendre des heures dans nos salles d'attente ou dans les urgences quand nous n'y sommes pas « pour rien »? Je suis toujours heureuse de dire à un parent que la fièvre à 39 C° de leur enfant n'est pas une otite ou une pneumonie ou à un homme de 55 ans que son malaise thoracique n'est pas une « crise de cœur ».

Je sais que je fais mon travail lorsque je dis à cette dame de 84 ans que je comprends sa difficulté à marcher avec ce genou arthrosique, à ce jeune qu'il a eu raison de consulter pour son malaise abdominal, à cette jeune fille que sa demande de contraception est tout à fait pertinente. Je fais aussi mon travail lorsque je félicite mon patient diabétique venant fidèlement à ses visites de contrôle à ma demande, comme les guides de pratique sur le diabète m'ont appris à le faire et comme je l'enseigne aux étudiants et résidents en médecine de famille.

Mes patients consultent parce qu'ils en ont besoin, un point c'est tout. Ils consultent parce que leur médecin leur demande de venir les voir, parce qu'ils sont soucieux de leur santé, parce qu’ils souhaitent savoir s'ils ont un taux élevé de cholestérol ou s’ils font du diabète, leurs parents étant diabétiques; ils consultent aussi parce que nos départements de santé publique et notre ministère de la Santé les invitent à subir un dépistage pour le cancer du sein, du côlon ou de la prostate. Alors de quoi se mêlent ces « lucides » qui veulent modérer les patients dans leur besoin de consulter pour leur santé? Notre population est très responsable de sa santé et tous les jours je le constate dans mon travail. Je les salue bien bas pour cela. Non, messieurs et mesdames les ministres, ne vous mêlez pas de ça, modérez vos méthodes démontrées inutiles. Le ticket modérateur, on le sait, augmente les coûts des soins en raison des délais engendrés pour la consultation, ce qui touchera d’abord les plus démunis.
Maladie

Rappelez-vous que les pauvres des quartiers les plus pauvres de Montréal meurent dix ans plus jeunes que les riches, c'est-à-dire vous et moi. Actuellement, ces bien nantis consultent de plus en plus dans les cliniques privées, car ils peuvent se le payer, et bien évidemment, il n'y aura là aucun ticket modérateur pour modérer cette envie tout aussi légitime de consulter. Il y aurait pourtant beaucoup de choses à modérer dans notre société : la caféine que l'on vient d'accepter d'ajouter dans les boissons gazeuses, qui ne fera qu'exciter nos enfants; la restauration rapide qui nous gave de calories au point où l’obésité est en croissance continue, s'installant bien souvent près des écoles et des jeunes; ne pourrait-on pas aussi modérer les compagnies pharmaceutiques qui, tel un rouleau compresseur, nous invitent à prendre de multiples médicaments pour notre cholestérol, notre taux de sucre un peu augmenté, nos humeurs, nos tristesses de la vie? Ces compagnies qui font la promotion de leurs médicaments de plus en plus directement aux patients, qu’on retrouve dans nos universités, dans nos hôpitaux d'enseignement, dans nos cliniques, cherchant à nous convaincre parfois à l’aide de piètres études scientifiques? Mais on veut plutôt que notre population modère ses demandes au système.

Je crois rêver, mais je ne rêve pas et cela me met en colère. La santé, c'est un bien précieux. Il faut la préservez autant que l'on peut et la visite médicale fait partie de l'ensemble des moyens pour y voir, comme la bonne alimentation, la prévention, le dépistage, les soins et aussi les soins palliatifs et de réadaptation et tout ce qui est nécessaire à l'une ou l'autre des différentes étapes de sa vie.

Messieurs et Mesdames qui nous gouvernez, vous n'êtes pas lucides. Alors modérez-vous donc.



Une question de confiance                       

par Patricia Becavin

Cette semaine, en discutant avec une amie de problèmes sentimentaux, j’ai eu la réaction de comparer nos relations de couple ou d’absence de couple, avec la relation que nous avons avec notre (ou dans mon cas nos) pays. 

Dans une relation, par essence, on doit être au moins deux. C’est comme pour le pluriel, cela commence à partir de deux. Et comme pour le pluriel, c’est là que les difficultés surgissent, surtout en français. Entre les règles et les exceptions à la règle, il y a de quoi en perdre notre... bon sens, car il est déjà difficile de savoir reconnaître et nommer nos propres sentiments. Alors, être capable de savoir ce que pense l’autre, bon courage ! Ensuite, il y a les questions que l’on se pose et les réponses que l’on voudrait bien avoir, mais la plupart du temps, on ne pose pas la vraie question, de peur que la réponse ne corresponde pas à nos attentes. Alors, on noie le poisson. On envoie à l’autre toutes sortes de signaux qui, dans notre idée à nous, se complètent. Alors que. bien souvent, ils se contredisent. Du genre Si tu m’aimes, dis-le-moi,  mais aussi Si tu ne m’aimes pas, dis-le-moi, mais pas trop fort que je puisse encore me bercer d’illusions. Bref, vous voyez où je veux en venir : nos questions ne sont pas claires, alors on ne peut pas accuser l’autre ou les autres que les réponses ne soient pas claires. Vous vous demandez bien ce que viennent faire la citoyenneté et l’appartenance à un pays dans tout cela.

C’est simple, prenez le référendum sur la Souveraineté du Québec. Cela fait plusieurs fois que les questions ne sont pas claires, et donc on n’obtient pas de réponse claire. Le jour où la question ne permettra pas d’échappatoire, alors on obtiendra la véritable réponse, car les gens sauront que cette fois-ci, ce sera la dernière fois, et que les atermoiements ne seront plus de mise. Cette fois-là, il faudra trancher, prendre véritablement position, et en assumer les conséquences, quelles qu’elles soient. La vie est un long apprentissage et il en est de même pour les pays et les sociétés humaines. Pour le Québec, je crois qu’il a enfin atteint la fin de l’adolescence, et qu’il est prêt à devenir adulte… et à fonder une famille. Tanguy, sors de ce corps !

Coeur
Et tant qu’à parler de confiance, il est difficile de ne pas parler de relations… pratiquement incestueuses, entre des élus et des gens d’affaires, entre contrats et financements, entre employés, employées, employeurs et employeures. Nous sortons d’une crise financière mondiale qui a mis à mal la confiance qu’avait le public en général avec leurs banques, leurs financiers, leurs entreprises et même leurs gouvernements et les instances étatiques censées protéger le bon peuple et le bien commun. Et quand je dis que nous sortons d’une crise, je crois qu’il serait plus approprié de dire que nous sommes dans l’œil du cyclone, vous savez ce moment de répit au milieu de la tempête, juste avant que l’enfer ne se déchaîne de nouveau. À voir les récents déboires financiers européens et la crise de panique quasi instantanée des bourses mondiales, on se rend compte que nous sommes loin d’être sortis du bois. En fait, je crois que l’arbre nous cache la forêt et je ne suis pas sûre de vouloir aller me promener dans ce bois. Bon,  courage … fuyons, rêvons, aimons, désirons, créons, espérons, réalisons, combattons, et surtout, survivons au cynisme et au désespoir, car la seule confiance que nous devons avoir, elle se trouve en nous-mêmes. Et il va bien falloir que nous allions la chercher.
Sur ce, je vous dis : au mois prochain.




CALENDRIER DES ACTIVITÉS, JUIN 2010



Calendrier















page mise à jour le 26 mai 2010